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REVUE LIGNES 58

MIGRANCE CONTRE FRONTIERES
AA.VV

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DescripcióCe numéro 58 de Lignes est consacré aux frontières. Pas pour quelque géopolitique de plus, quil vaut mieux laisser aux géopoliticie ns que la confier aux philosophes ou aux écrivains.Aux « frontières », cest-à-dire : au mot (en sa définition), à la chose (en son principe et en son usage), dont on a prédit la disparition, qui nont au contraire jamais été aussi présentes.Pas pour les marchandi ses : le capital, habile, les a abolies. Mais pour les hommes, les femmes, leurs enfants, qui se portent vers elles, pour fuir (la f aim, la guerre, les épurations), qui se heurtent à elles, quelles ne passent pas, ou pas toutes, les empêchant de se rendre où ell es seraient sauves qui ny survivent pas, souvent. (Il nest plus nul besoin de tuer, il suffit de laisser périr.)Le mot « frontiè re » (en sa définition) dit pourtant bien la chose (en son usage), cest-à-dire ce qui sy passe encore et toujours, qui appartient au vocabulaire militaire : qui vient de « front », précisément du front des armées, autrement dit des places fortifiées opposées à l ennemi, et pour que celui-ci ne pénètre pas. Partout les frontières se (re-)dressent, se renforcent, se doublent de murs, pour mieu x faire front.En vue de quel « affrontement » ? Du même, quoi quil y paraisse. Parce que, pour avoir changé daspect, « lennemi » qui ne doit pas pénétrer ne serait pas moins menaçant / parce que, pour nêtre pas armée, son « invasion » ne mettrait pas moins en péril Quoi ? Tout : sécurité, prospérités, identités, etc. Un « grand remplacement » dit lEurope dune seule voix (même quand elle ne le dit pas) et pas seulement (les États-Unis, lAustralie), empruntant sans les dire aux mots dun écrivain, hélas.Le mot « fro ntières » donc (sutures dun monde ancien), pour désigner une situation, peut-être entre toutes les situations politiques actuelles possibles, la plus cynique, la plus cruelle, celle à laquelle lOccident qui a toujours fait front, qui fait ainsi encore front se reconnaît le mieux, savoue le plus, se démasque (qui se montre front nu).Situation qui consiste à contenir par des moyens qui empruntent aux fortifications militaires lexil, lexode de pauvres qui fuient la faim (en langage policé : les « raisons économiq ues ») / les persécutions « raciales » ou religieuses / les guerres, civiles ou déclarées / le climat déjà, et de plus en plus (séch eresses, incendies, disparition du vivant animal et bientôt humain, submersions des littoraux) / Paul Virilio, quon ne cite plus as sez, rappelle dans un entretien quon « estime que 900 millions de personnes vont bouger dici 2040, du fait de lexode urbain, pour des raisons climatiques, des raisons de délocalisation, des raisons politiques et économiques. »Autrement dit, le « migrant » const itue une des figures du devenir humain, ni plus ni moins, et, sans doute, sa figure politique cruciale. Migrant dont nul ne veut, qu on refoule, quon repousse encore, parce que la terreur quil fuie devient par le fait la terreur de ceux qui ne veulent pas de lui , qui le refoulent, mais quon ne refoulera pas, quon ne repoussera pas indéfiniment (cest question de nombre).Les migrants comme anticipation du devenir humain : de sa migrance à venir nécessaire, inhérente. Autrement dit : les petites migrations (actuelles), l es grandes (à venir) vont reposer ce problème prétendument résolu : des frontières.Ce numéro veut former lhypothèse quavec le clim at, sajoutant aux guerres, aux persécutions, la migrance posera autrement la question des frontières, des États donc et, avec eux, des identités.Posons plutôt quil faut en finir avec et avec ce quelles disent depuis trop longtemps. De la politique sy redessine ra, et déploiera. Quil y a lieu, sinon danticiper (les géopoliticiens sont là pour ça), de penser.

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